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entretien avec marion fayolle


Pourrais-tu nous décrire tes premiers contacts
avec le dessin et l’écriture ?


J’ai pris mes premiers cours de dessin quand j’étais enfant, le soir une fois par semaine. À côté j’écrivais des histoires. Ma mère était professeur de français, j’étais impressionnée par les devoirs de rédaction
qu’elle demandait à ses élèves. Du coup je m’essayais
aux sujets qu’elle leur donnait. J'étais anxieuse
de les réussir plus tard et attendais avec impatience
ses corrections. Il y avait aussi des logiciels de mise
en pages chez moi avec lesquels je réfléchissais
beaucoup à la forme de mes premiers projets.
Au collège, j’aimais bien faire des exposés et
mettais beaucoup de soin à réaliser des présentations particulières sous forme de petits livres, parfois accompagnés de coffrets. J’aimais toujours réfléchir
à la manière de mettre en pages et formaliser ce que
je rédigeais.

Plus tard au lycée, j’étais en section littéraire avec
une option Arts plastiques. Je dessinais dans les disciplines où il fallait écrire et écrivais dans
celles où il fallait dessiner. J’utilisais les images
pour expliquer les concepts pendant les cours de philosophie.

 

Avec quoi te nourrissais-tu pour dessiner ?

Je n’avais aucune bande dessinée lorsque j’étais petite. Je cherchais dans mes livres des modèles pour illustrer mes cahiers de poésie. Si je voulais dessiner une petite fille, je passais l’après-midi à chercher celle qui me convenait le mieux puis la mélangeais avec un personnage tiré d'un autre livre, je piochais aussi un peu partout pour trouver des positions que je ne parvenais pas
à imaginer toute seule.

 

Pourquoi as-tu choisi d'étudier aux Arts décoratifs
de Strasbourg ?


L’année du BAC, j’ai tenté plusieurs concours d’entrée dans les écoles d’arts : Estienne, les Arts décoratifs de Strasbourg, les Beaux arts de Valence,
de Grenoble, de Nantes... Je voulais travailler dans un domaine proche du dessin et du livre mais ne souhaitais pas suivre un BTS qui me fixerait sur un profil technique en particulier. Les Arts Décoratifs de Strasbourg me permettaient de développer à la fois une démarche d’auteur et d’apprendre des savoir-faire techniques reliés au livre et au dessin. C’était l’idéal.

 

Comment ton travail, à partir de là, a évolué vers sa forme actuelle ?

En deuxième année, le semestre que j’ai passé en gravure
a été un moment fondateur. J’y ai passé des après-midi
à découper des silhouettes de personnages et à les mêler avec des carrés ou des formes aléatoires. J’improvisais beaucoup et épurais au maximum mes images, j'allais au plus simple. Les contraintes techniques de la gravure mêlées à mon éventail réduit de formes m’amenaient chaque fois à différentes découvertes visuelles.

C’est lors de ce séjour en gravure que j'ai mis au point mon système actuel de tampons pour faire mes aplats de couleurs. L’atelier était fermé le soir et les weekends, alors j’ai dû réfléchir à une méthode pour avoir mes propres formes d’impressions et ne plus être tributaire
de l'équipement de l'école. Jusque là j’aimais surtout travailler en noir et blanc, au trait avec un rotring.
Je n’utilisais pas la couleur.
Au bout de 3 ans aux Arts déco, je suis entrée en section illustration. Jusqu'alors, il n’était pas question pour les professeurs de raconter quoi que ce soit avec son travail. La rencontre avec les nouveaux élèves qui faisaient de la bande dessinée ou des récits illustrés
me fit un choc.

Je ne m'étais interrogée que sur le support papier et
sur la forme. J'avais plus ou moins mis de côté toute idée narrative. Côtoyer d'un seul coup de nouveaux camarades qui pratiquaient la narration depuis plusieurs années me déstabilisait dans mes acquis. On me montrait beaucoup de bandes dessinées auxquelles je ne connaissais rien et dont je n’aimais pas l’esthétique. Je ne me sentais plus
du tout en accord avec cette nouvelle culture de l’image dominante dans ma classe –je me suis d'abord sentie totalement décalée.

La rencontre avec Guillaume Dégé à cet instant fut importante. Il était l'enseignant principal de la section illustration et n'était ni amateur, ni praticien de bandes dessinées. Il privilégiait plutôt l’illustration brute
et l’interprétation des textes littéraires autour desquels nous échangions beaucoup; cela m'influençait davantage. Selon lui, il était possible de faire des récits en images pour les adultes, l'illustration n'était pas obligatoirement à réserver à la jeunesse. Il nous montrait plein d’anciens livres illustrés et de collections en tous genres qui m’inspiraient confiance en ma propre intention et mon envie de m’exprimer autrement.

J’ai alors commencé à travailler des récits sans chercher à faire des personnages récurrents ou des scénarios élaborés. Je me moquais de raconter des histoires scénarisées de manière traditionnelle. Je ne voulais pas connaître mes personnages ou aller dans le détail de leur vie plus que cela. Je les utilisais uniquement comme figures théoriques pour exprimer des idées ou des sentiments.

 

De quoi es-tu partie pour Le Tableau

Je suis partie d’une idée visuelle: un personnage qui sort d’une image. Formellement, j’avais aussi en tête le fait qu’un personnage soit si grand qu’il ne puisse pas rentrer en entier dans le format du livre. J’aime faire plein de pistes dans un premier temps et noter toutes les propositions qui me viennent : la femme sort du tableau, elle est trop grande, cette vie ne lui convient pas, il y aura une fin tragique... Je continue chaque jour d’écrire de nouvelles hypothèses. Ma démarche s’apparente un peu à du théâtre d’improvisation – discipline que j’avais découverte à Strasbourg – on se donne une contrainte avec un thème et seulement quelques accessoires ou quelques élément de décor avec lesquels on doit inventer une histoire cohérente.

Je ne sais pas au début de quoi je veux réellement parler. C'est au fur et à mesure que j’évolue dans mes pistes que je le découvre. Je ne m'étais pas dit au départ que j’allais parler d’amour, de la difficulté dans un couple
à cohabiter entrel'idéal et la réalité.

 

Quel est ton rapport au livre ?

Le support faisait partie de l’image autant qu’elle. Je ne fais pas des images pour réfléchir ensuite à comment faire un livre avec, j'ai besoin d’abord d'imaginer un livre pour faire mes images.




propos reccueillis par JM
05/2012



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